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 L'origine de l'Homme, sa nature, son essence

 

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 16:02
À en juger par la fréquence des fossiles connus, la période qui conduit jusqu'à la partie la plus froide de la dernière glaciation a réussi aux Néandertaliens : les fossiles datés entre - 50 000 et - 40 000 ans sont plus nombreux que ceux d'aucune autre période (mais il se peut que cela tienne en partie à la technique de datation au carbone 14, qui atteint les limites de sa portée juste avant que les Néandertaliens ne commencent à disparaître). Néanmoins, il ne fait guère de doute que la période comprise entre - 50 000 et - 40 000 ans a été l'âge d'or des Néandertaliens « classiques » d'Europe de l'Ouest, en dépit du grand froid qui régnait dans la région. Rétrospectivement, pourtant, ces 10 000 ans n'auront connu que le calme avant la tempête. Les premiers fossiles attribuables au Paléolithique supérieur, que ce soit en Europe occidentale ou orientale (Espagne et Bulgarie, respectivement), datent d'environ 40 000 ans (mais les spécimens aussi anciens sont rares), et nous n'avons aucune idée claire de l'endroit d'où venaient les envahisseurs : sont-ils d'abord arrivés par l'est, ou par le sud-ouest (Gibraltar), ou bien simultanément par les deux côtés, en un mouvement de tenailles ? S'il faut attendre environ - 35 000 ans pour que les sites d'hommes de Cro-Magnon deviennent assez communs en Europe, nous pouvons avancer qu'une fois installés les nouveaux venus se sont répandus comme un feu de forêt et que les aires néandertaliennes ont commencé à disparaître. Site après site, on observe que des millénaires d'occupation moustérienne (au moins sporadique) se vident brusquement au Paléolithique supérieur. Autour de 30 000 ans, les sites moustériens ne sont plus que des exceptions proches de l'extinction, et la plupart se trouvent confinés à de lointains repaires de la péninsule Ibérique. Les derniers fossiles néandertaliens connus ont été trouvés au Portugal, notamment dans les cavernes de bord de mer de Figueira Brava et de Salemas (datant d'il y a environ 28 000 ans), et dans une région désolée du sud de l'Espagne. Un site croate de même date a récemment été identifié. Il est possible qu'un petit groupe de Néandertaliens ait été encore présent il y a environ 27 000 ans dans la caverne de Zafarraya en Andalousie (sans que l'on y trouve le moindre indice d'échanges culturels ou biologiques avec l'homme de Cro-Magnon). Mais, après cette date, les Néandertaliens disparaissent, que ce soit dans le fracas ou à petit bruit, pour toujours. Les paléoanthropologues sont globalement des esprits libéraux et chaleureux qui n'aiment pas trop s'attarder sur les aspects les plus noirs de notre espèce. Et, de fait, il est certainement beaucoup plus agréable d'imputer à un raz de marée génétique la disparition, dans les archives paléontologiques, de la morphologie propre aux Néandertaliens que d'envisager d'autres hypothèses. Fâcheusement, ce sont précisément ces dernières qu'il faut affronter puisque nous n'avons aucune preuve d'une transition biologique entre Néandertaliens et hommes modernes, et qu'il est très improbable qu'elle ait eu lieu. Quelles sont donc les autres pistes ? La moins désobligeante pour notre espèce est la suivante : Homo sapiens savait tout simplement exploiter son environnement avec bien plus d'efficacité que Homo neanderthalensis et, progressivement, sans intention préconçue, il a chassé ce dernier de la scène, l'opération n'impliquant qu'un minimum d'interaction entre les deux espèces. Au fond, c'est déjà probablement de cette façon que les Néandertaliens avaient évincé ceux qui occupaient le sol européen avant eux. Néanmoins, dans ce déroulement de la disparition des Néandertaliens si riche en points d'interrogation, il y a malheureusement une chose que nous ne connaissons que trop bien, c'est l'épouvantable dossier de l'histoire d'Homo sapiens. Les êtres humains se signalent par leur extrême mobilité, et des groupes d'envahisseurs ont manifesté de façon quasi permanente un comportement abominable à l'égard d'autres populations humaines (pour ne rien dire d'autres espèces) : il suffit de penser à l'effroyable sauvagerie des Vikings et des Mongols, ou encore des croisés lors du sac de Jérusalem. Souvent, ces excès sont justifiés par la négation de toute « humanité » chez les populations attaquées, et l'argument devait être encore plus facile à avancer face à des Néandertaliens. Les hommes de Cro-Magnon étaient admirables à plus d'un titre, comme le sont presque tous les Homo sapiens. Mais ne nous laissons pas induire en erreur par l'art éthéré déployé à Alta-mira, Lascaux ou dans la grotte Chauvet, qui nous conduirait à penser que les hommes de Cro-Magnon étaient incapables de plonger dans les mêmes abîmes de sauvagerie que l'homme des temps modernes (récemment encore au Rwanda et en Bosnie).


Quelle réaction les Néandertaliens ont-ils opposée à ce nouveau phénomène humain ? Nous n'en avons pas la moindre idée. Peut-être ont-ils vaillamment défendu leurs territoires. Mais, au bout du compte, ils n'avaient aucune chance face aux talents et à l'astuce des envahisseurs, armés de leurs capacités linguistiques et de leurs compétences dans le maniement des symboles. L'Europe est vaste, riche en recoins obscurs, en environnements divers, en fissures topographiques. Or le remplacement des Néan-dertaliens ne s'est pas étalé sur un temps démesurément long ; à lui seul, ce fait implique que la confrontation a été directe plutôt qu'indirecte entre les deux espèces d'ho-minidés, dont aucune n'était numériquement importante. L'hypothèse, toute simple, est qu'Homo sapiens était intrinsèquement incapable de tolérer (et le montrait avec une sauvagerie non moins intrinsèque) la moindre concurrence de la part de l'espèce cousine ; nos plus proches cousins après les Néandertaliens, les grands singes, en font encore aujourd'hui la triste expérience.


Extrait de "Petit traité de l'Evolution" de Ian Tattersall - Editions Fayard


+ d'infos sur Homo Neanderthalensis


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Published by Homo Sapiens - dans genre.homo
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