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 L'origine de l'Homme, sa nature, son essence

 

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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 10:29
Déclarer : « un individu se reproduit », est doublement contradictoire.

Le mot individu évoque l'indivisibilité : il n'est pas possible d'analyser un individu en ses constituants sans le détruire en tant qu'être, il ne peut être divisé. Mais dans l'acte nécessité par la reproduction, c'est justement cette division qui est réalisée. De façon plus précise, chaque spermatozoïde ou chaque ovule reçoit une copie de la moitié des informations initiales qui avaient été transmises à cet individu par ses parents lors de sa conception, et à partir desquelles il s'était peu à peu constitué.

Il est nécessaire de bien comprendre la totale opposition entre ce mécanisme et celui admis avant Mendel, par exemple par Darwin : pour ce dernier chaque parent transmet à l'enfant la totalité de son information biologique, ce qui respecte bien le concept d'indivisibilité ; les deux stocks d'informations, celui venant du père, celui venant de la mère se mélangent pour constituer une information « moyenne », de même que deux liquides blanc et rouge se mêlent pour créer un liquide rosé. Au contraire, pour Mendel, chaque parent n'apporte que la moitié de l'information qu'il possède ; chez l'enfant ces deux moitiés se juxtaposent, sans se mélanger, pour reconstituer un ensemble complet. Cet ensemble, en tant que collection d'informations, est d'ailleurs entièrement nouveau, différant autant d'un parent que de l'autre.

 II n'y a donc pas « reproduction ». Ce mot implique la réalisation d'une image aussi voisine que possible de l'original ; tel est bien le cas pour les bactéries capables de se dédoubler en fabriquant une image d'elles-mêmes, et généralement pour tous les êtres non sexués. Mais l'invention de la sexualité, c'est-à-dire d'un mécanisme nécessitant la collaboration de deux êtres pour en fabriquer un troisième, a supprimé cette capacité de reproduction. Un être sexué ne peut se reproduire. L'enfant n'étant la reproduction de personne est en fait une création définitivement unique. Cette unicité résulte du nombre fabuleux d'enfants différents qui pourraient être procréés par un même couple : imaginons que, pour un caractère donné, par exemple le système sanguin Rhésus, le père et la mère soient chacun dotés de deux gènes distincts, a et b ; les enfants qu'ils procréent peuvent recevoir soit deux gènes a, soit deux gènes b, soit un gène a et un gène b ; pour chaque caractère 3 combinaisons sont ainsi possibles ; pour un ensemble de 2 caractères, 32 = 9 combinaisons, pour n caractères, 3 n combinaisons ; ce dernier chiffre est « astronomique » dès que n dépasse quelques dizaines ; ainsi pour un ensemble de 200 caractères, ce nombre est de 3200 1 ce qui est pratiquement « infini » puisqu'il s'agit d'un nombre comportant 94 chiffres, des milliards de fois plus grand que le nombre total d'atomes de notre univers, en y incluant les galaxies les plus lointaines.

Cette possibilité de diversité est l'apport propre de la reproduction sexuée : le réel est unique, mais les possibles sont infiniment nombreux.

Albert Jacquard, "Eloge de la différence"

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Published by Homo Sapiens - dans genre.homo
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