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 L'origine de l'Homme, sa nature, son essence

 

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20 février 2006 1 20 /02 /février /2006 17:52

La grande invention des hommes du Paléolithique supérieur, c'est l'art, l'art pariétal. Pour la première fois, les Hommes sont capables de dessiner, de graver, de sculpter et même de modeler. Ils le font d'abord dans de petites grottes, puis sur les parois des cavernes profondes. Ils représentent surtout des animaux, et exceptionnellement des silhouettes humaines. La découverte dans les gorges de l'Ardèche, le 18 décembre 1994, de la grotte Chauvet dont les peintures datent de 30 000 ans, démontre que dès l'origine l'Homme moderne a été au sommet de son art. Il avait déjà inventé des techniques pour rendre la perspective et le mouvement, il avait inventé le dégradé et l'estompage. On peut dire que le maître de la grotte Chauvet était déjà un grand maître de l'art.


Depuis la découverte à la fin du xixe siècle de l'art rupestre franco-cantabrique, diverses hypothèses sur la nature et les moyens d'application des colorants sur les parois des grottes ont été proposées. Les mélanges dans la composition des colorants, établis à partir de leur structure physique, confirment la maîtrise de la technique picturale.


Les colorants étaient des pigments minéraux naturels : l'ocre fournissait le jaune, le rouge et le brun ; le manganèse, le noir et le marron foncé, le kaolin, la couleur blanche, la limonite et l'hématite pour l'orange, le rouge et le bistre. Ces pigments étaient écrasés à l'aide de broyeurs de pierre dans les cavités naturelles de palettes elles aussi en pierre (plates ou rondes), d'ossements d'animaux chassés ou de coquilles marines. Les artistes se servaient d'eau ou de graisse d'origine animale ou végétale comme liant avant de peindre sur les parois.


La mise en place des peintures pariétales semble avoir été précédée et souvent complétée par la gravure. En ce qui concerne l'application des colorants, plusieurs moyens ont pu être utilisés simultanément ou successivement dans une même grotte : crayons d'ocré, pinceaux, doigt nu, tampons de fourrure, tubes ou cavité buccale utilisés comme vaporisateurs.


Les grottes ornées paléolithiques sont situées sur la façade atlantique de l'Eurasie ; toutefois il en existe quelques-unes dans l'aire méditerranéenne et jusque dans l'Oural. Dans le sud-ouest de la France, elles ont été découvertes en Dordogne, dans le Périgord, en Ariège, en Ardèche, dans la région de Marseille.

L'ensemble des thèmes figuratifs de l'art pariétal présente une certaine homogénéité. De toute évidence, les animaux ont joué un rôle considérable dans l'économie des chasseurs paléolithiques et leurs images ont dû alimenter les rêves comme elles ont inspiré les peintres et les graveurs. Mais l'hypothèse selon laquelle la raison d'être de ces peintures serait l'envoûtement des animaux figurés, pour s'en assurer la possession magique lors de la chasse, concerne moins de 10 % des représentations animales, celles qui les montrent transpercés par des flèches. L'art des cavernes n'est pas forcément en relation avec la chasse puisqu'à Lascaux, par exemple, les Hommes consommaient surtout du renne et qu'il n'y a qu'une seule peinture de renne : ce sont surtout des cerfs qui sont représentés. L'hypothèse d'un art en relation avec la fécondité est aussi impossible à soutenir : ni les figures féminines ni les animaux n'évoquent la reproduction ou l'enfantement.


L'étude de l'art pariétal paléolithique met en évidence son organisation ; rien n'est raconté ni explicité clairement, tout paraît symbolique et codé. Certains chercheurs y ont vu des pièges, des huttes, des armes, des blasons, en se fondant sur de vagues similitudes de formes et des coïncidences ethnographiques. Pour André Leroi-Gourhan, l'étude de leur répartition chronologique et topographique montre que les signes sont des symboles de caractère sexuel masculin et féminin. Les ovales, triangles et signes quadrangulaires sont autant de représentations plus ou moins abstraites de vulves. Les points et les bâtonnets sont des signes masculins, mais leur abstraction dépasse la simple analogie formelle. Ce qui est certain, c'est qu'il s'agit d'un code symbolique : liaisons préférentielles entre certaines espèces animales, relations électives entre les différents types de signes, composition en file, en paires, etc.

Les Hommes ont pu pénétrer à l'intérieur des cavernes grâce à des lampes creusées dans des pierres où devaient brûler des matières organiques (huiles, graisses). Ces lampes y ont souvent été retrouvées comme à La Mouthe, au Moustier ou à Lascaux. Dans ce dernier sanctuaire profond, les fouilles ont mis au jour une lampe façonnée en grès rosé et plus d'une centaine non façonnées en pierres brutes de calcaire local choisies à cause de leur petite dépression naturelle. Leur lueur devait être celle d'une bougie et créer une ambiance très particulière. Des expériences ont été faites avec des artefacts : à la lueur de ces flammes vacillantes on a l'impression fantastique de voir les animaux en mouvement.

Extrait de "L'Homme premier - Préhistoire, Evolution, Culture",
écrit par Henry de Lumley
Editions Odile Jacob - 1998

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Published by Homo Sapiens - dans Art Préhistorique
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